Les blogs sont des lieux étranges où l'on déshabille parfois son âme, sans pudeur.
Je participe, moi aussi, à cette bizarrerie du XXIème siècle.
J'avais commencé, en novembre, cet article, en mode optimiste, peu après ma sortie triomphante du sana, mais un doute (sans doute) me retenait ...
Aujourd'hui, je reprends le clavier,pour compléter, rectifier, publier le feuilleton de ma réhabilitation, miraculeuse ... ou pas.
Mon spécialiste "des tuyaux de la tête" et celui des "soufflets du coffre" étaient d'accord : il me fallait un stage de réhabilitation, un séjour en sana, pour au moins un mois !
Au programme : entraînement à l'effort, soutien psychologique, sevrage tabagique ...
Ils avaient l'air d'y croire tellement, le psy et le pneumo ! ça leur faisait tellement plaisir !
Alors, j'ai accepté, du bout des lèvres, sûr que c'était le meilleur moyen pour me pousser (enfin ?) vers la tombe : j'allais finir là ma triste existence. Jamais je ne tiendrais un mois !
J'y suis allé ... à reculons !
Et j'en suis revenu ... vite, mais vivant, plus vivant qu'avant, tout au moins.
En trois semaines, c'était réglé : ils m'ont rendu à la vie "normale" . Dès la première semaine, plus besoin de ma machine à oxygène (10 heures sur 24 jusque là) ma foutue consommation de clopes réduite à une douzaine, puis à 5 ou 6 par jour, et de "nouvelles" sensations qui me revenaient d' il y a bien longtemps. Je me suis même remis à la lecture, et un peu à l'écriture.
Alors, miracle ?
Il est vrai que mon pneumologue, lui-même, n'en revenait pas !
En fait, je crois avoir compris comment a opéré le déclic, dans ma tête.
Avant mon arrivée à ce sanatorium du col de la Pirogue, j'étais devenu une espèce de zombie, calfeutré dans mon malheur, au point de souhaiter que mes problèmes pulmonaires me délivrent d'une vie à laquelle je n'attachais plus guère de prix.
J'avais perdu, à tout jamais, ma fille, à qui la mort avait donné son dernier baiser. Mes fils, je les sentais s'éloigner du fantôme de père que j'étais (sans doute ne pouvaient-ils pas , ou plus se reconnaître en moi, pas plus que je ne me reconnaissais moi-même ). J'avais l'impression que ma vie avait été un gigantesque fiasco : mes enfants et leur éducation, mon boulot (j'avais été un prof tellement médiocre et vain !), mon couple même, dont j'avais été si fier si longtemps : gâchis !!!
Décidément, je n'étais bon à rien, ou tout juste à faire de vagues chansonnettes que personne ne chante .
Arrivé sur place : joli coin de montagne, où règne une agréable fraîcheur, et où des pavillons accueillent chacun quatre ou six malades (deux chambres séparées par un salon).
Activités : en dehors des séances en salle de kiné et avec la belle doctoresse, de jolies balades, des paysages somptueux, un terrain de volley un de boules ...
Mais c'est moi qui les avais , les boules !!!!
Je me suis retrouvé brutalement dans un autre monde ... avec des gens, des gens normaux, et je ne me souvenais plus de ce que c'était : quel choc !!!
Grandeur et bêtise de l'âme humaine : je ne me reconnaissais que vaguement dans ces humains-là, parfois gentils, arrendrissants, souvent bêtes et méchants ... et pourtant ! ...
Très vite, j'ai su, je me suis rappelé : c'était ce qui m'avait poussé vers le métier d'enseignant (avec une bonne dose de fatuité !), pour éviter que les jeunes de l'avenir ne deviennent de vieux cons comme les trop nombreux que je côtoyais.
Et moi, au final, je n'étais pas parmi les pires, je valais quand même quelque chose, à défaut d'être quelqu'un. J'avais eu, sans doute, mon utilité.
Je pouvais être utile encore, peut-être, vivre des moments d'humanité heureuse et solidaire, aimer, et même (qui sait ?) être aimé.
Alors, j'ai décidé qu'il était envisageable de vivre encore un peu, et pour ça de soigner au mieux et d'épargner ma vieille carcasse.
C'est avec ces bonnes résolutions que j'ai repris le chemin de la vraie vie ...
(À suivre)













Commentaires